Ascenseurs et monte-charges
Dans un immeuble de grande hauteur, les ascenseurs et monte-charges ne sont pas de simples équipements de circulation verticale. Ils s’inscrivent dans une stratégie globale de sécurité incendie : protection des gaines, non-arrêt dans le compartiment sinistré, organisation des secours aux personnes bloquées, compatibilité avec le désenfumage et, pour certains appareils, mise à disposition des sapeurs-pompiers comme moyen d’accès opérationnel aux compartiments non sinistrés.
1. Gaines et cabines d’ascenseurs : principes généraux
En IGH, la gaine d’ascenseur est un volume stratégique. Elle ne doit ni devenir un vecteur de propagation du feu, ni perdre sa capacité à permettre le fonctionnement sûr de l’appareil pendant le temps nécessaire à la mise en sécurité et à l’intervention.
Les ascenseurs, monte-charges et plus généralement tous les appareils élévateurs reliant plusieurs niveaux doivent être installés conformément au cadre réglementaire propre aux ascenseurs. Mais le règlement IGH ajoute des exigences complémentaires qui renforcent leur tenue au feu, leur comportement en situation d’incendie et leur articulation avec les autres dispositifs de sécurité.
a) Température admissible en gaine
Pour les ascenseurs, la température à l’intérieur des gaines doit rester compatible avec un fonctionnement sûr pendant deux heures vis-à-vis d’un feu extérieur à la gaine, évoluant selon la courbe normalisée température / temps. L’objectif est notamment d’éviter la déformation des guides et tout phénomène compromettant le déplacement correct des cabines.
Concrètement, les parois des gaines doivent être conçues de telle sorte que, soumises au programme thermique réglementaire, la température à la surface intérieure de la paroi n’excède pas 70 °C au bout de deux heures.
Cette exigence montre bien qu’en IGH la protection de la gaine n’est pas uniquement une exigence de compartimentage. Elle vise aussi la continuité de fonctionnement mécanique de l’ascenseur pendant un temps long.
b) Commande accompagnée
À l’exception des ascenseurs disposant de l’appel prioritaire pompier, les cabines doivent être équipées d’un dispositif de commande accompagnée. Une fois actionné, ce dispositif inhibe les appels paliers et cabine déjà enregistrés et permet une utilisation uniquement à partir du panneau de commande en cabine.
Cette commande est réservée aux personnes autorisées et averties. Quatre exemplaires de ce dispositif, d’un modèle unique, sont tenus au poste central de sécurité incendie à la disposition du commandant des opérations de secours.
c) Débouché des ascenseurs
En principe, les ascenseurs débouchent toujours sur des circulations horizontales communes. Leurs accès doivent être protégés en cas d’incendie dans les conditions précisées par l’article GH 31.
Une exception existe pour certains ascenseurs réservés à une utilisation spécifique et à des personnes autorisées — par exemple cuisine, restaurant, livraisons, direction — qui peuvent déboucher dans des parties privatives, à condition que celles-ci restent directement accessibles aux secours depuis les parties communes.
d) Machines situées en gaine
Les machines d’ascenseurs peuvent être situées en gaine lorsque la puissance totale installée y est inférieure ou égale à 100 kVA. Dans ce cas, chaque tableau électrique situé en gaine doit être enfermé dans une armoire ou un coffret :
- soit à enveloppe métallique ;
- soit satisfaisant à l’essai au fil incandescent à 750 °C, avec appareillages répondant à la même exigence.
e) Désenfumage des gaines d’ascenseur
Les gaines d’ascenseur doivent être désenfumées par extraction dans les conditions prévues par l’IT 246 lorsque l’une au moins des conditions suivantes est remplie :
- la puissance électrique totale installée en gaine est supérieure à 40 kVA ;
- la gaine contient une machine avec huile, un réservoir d’huile ou des vérins.
La commande du désenfumage est déclenchée automatiquement par des détecteurs d’incendie implantés en partie basse et en partie haute de la gaine. Cette commande automatique doit être doublée par une commande manuelle.
Le désenfumage de la gaine n’est toutefois pas exigé si celle-ci est ventilée par convection forcée mécanique, avec un débit minimal de 20 volumes par heure, lorsque la température des machines ou organes de commande dépasse la valeur spécifiée par le constructeur. Le volume de référence est alors la section de la gaine sur une hauteur de deux mètres, avec une température ambiante de référence de 40 °C en l’absence de donnée constructeur.
La mise en place d’une amenée d’air en partie basse n’est pas obligatoire pour le désenfumage d’une gaine encloisonnée.
f) Matériaux de cabine et entretien
2. Protection des accès aux ascenseurs et monte-charges
L’isolement coupe-feu de degré deux heures entre les gaines d’ascenseurs ou de monte-charges et les circulations horizontales communes ne repose pas seulement sur les parois de gaine. Il exige également le non-arrêt des appareils dans le compartiment sinistré et une protection adaptée des accès.
a) Les quatre solutions admises
1. Palier isolé
Le palier est isolé du reste de l’étage par des portes coupe-feu. Ce palier doit alors être équipé d’un dispositif phonique supplémentaire conforme aux exigences de l’alerte intérieure.
2. Portes coupe-feu extérieures à la gaine
Des portes coupe-feu dédiées sont placées devant les portes palières, à l’extérieur de la gaine.
3. Bouclier thermique
Des portes coupe-feu sont placées à l’intérieur de la gaine, devant les portes palières de l’appareil.
4. Portes palières coupe-feu par elles-mêmes
Les portes palières assurent à elles seules la fonction de protection coupe-feu, sous réserve de respecter plusieurs conditions d’exploitation et de surveillance.
b) Cas des protections par portes coupe-feu de palier
Si la protection est obtenue par les solutions 1 ou 2 ci-dessus, les portes coupe-feu doivent être :
- à fermeture automatique ;
- admises à la marque NF ;
- commandées dans les conditions prévues par le scénario de l’article GH 49.
Lorsque ces portes isolent un palier d’ascenseur, elles peuvent s’ouvrir manuellement des deux côtés. Les personnes éventuellement isolées sur le palier doivent être averties du non-arrêt de l’ascenseur et invitées à gagner les escaliers selon les consignes affichées sur ces portes. Le signal normalisé d’issue de secours doit être visible lorsque les portes sont en position de sécurité.
c) Cas des portes palières coupe-feu par elles-mêmes
Lorsque la protection repose sur les seules portes palières, cinq conditions principales doivent être respectées :
- fermeture forcée au bout de 30 secondes maximum ;
- signalement au PCS d’une non-fermeture prolongée au-delà de 60 secondes ;
- signalisation de la position des cabines au PCS ;
- interdiction du maintien volontaire en position ouverte pendant dépannage ou entretien ;
- annulation de la manœuvre à commande accompagnée en cas de détection incendie ou d’appel prioritaire.
La protection des accès aux ascenseurs n’est jamais pensée isolément. Elle est indissociable du principe de non-arrêt au niveau sinistré et de la surveillance permanente des défauts de position.
3. Dispositions complémentaires relatives aux paliers
a) Signalétique obligatoire
Une plaque signalétique bien visible doit rappeler la nécessité de laisser libre tout le dégagement nécessaire au fonctionnement des portes coupe-feu à fermeture automatique. L’inscription doit être réalisée en lettres blanches sur fond rouge.
b) Pas de rétrécissement de la circulation commune
Les dispositifs de fermeture des paliers lorsqu’ils existent, ainsi que les portes d’ascenseurs et de monte-charge, ne doivent ni recouper ni rétrécir les circulations horizontales communes du compartiment.
c) Continuité de desserte des autres niveaux
Les dispositions nécessaires doivent être prises pour que la destruction, au niveau sinistré, des commandes, signalisations, tableaux ou panneaux liés à l’ascenseur ne puisse pas perturber la desserte des autres niveaux.
Une dérogation est admise si ces dispositifs sont eux-mêmes protégés par une porte coupe-feu de degré deux heures ou EI 120, ou situés sur des paliers dont les portes et parois présentent le même degré de résistance.
Lecture terrain
Le niveau sinistré ne doit pas “entraîner” les autres niveaux dans la panne. Le règlement cherche à préserver la continuité de desserte des compartiments non atteints et la disponibilité des appareils pour les secours.
4. Secours des cabines d’ascenseurs
Le règlement détaille plusieurs dispositifs pour permettre le secours des personnes bloquées en cabine. L’objectif est qu’aucune opération ne repose sur une improvisation au moment du sinistre ou de la panne.
a) Principe général
Sauf cas exceptionnel, les cabines doivent, en cas de panne ou de mise hors service volontaire, être amenées à un niveau d’accès.
b) Gaine commune avec plusieurs ascenseurs
S’il n’existe pas de porte palière ou de trappe d’accès coupe-feu deux heures à tous les niveaux, il doit y avoir au minimum deux ascenseurs dans la même gaine, afin de permettre l’évacuation des passagers d’une cabine en panne vers une autre cabine arrêtée à la même hauteur. Les cabines doivent alors être équipées de portes latérales de secours.
Lorsque plusieurs ascenseurs sont installés dans une même gaine, et qu’il n’existe pas de porte palière ou trappe au moins tous les trois niveaux et à une distance verticale maximale de 11 mètres, chaque appareil doit être équipé, en plus des trappes et échelles, d’une porte latérale de secours permettant de passer dans la cabine voisine ou sur le toit de l’ascenseur voisin.
- chaque cabine doit posséder un œilleton ou regard facilitant la mise à niveau ;
- les appareils doivent comporter une commande en cabine réservée aux secours ;
- la cabine doit posséder un éclairage extérieur facilitant l’approche et l’évacuation ;
- l’ouverture d’une porte d’intercommunication doit empêcher le fonctionnement des deux appareils.
En cas de séparation grillagée en gaine, celle-ci doit être sécable et un outil approprié doit être disponible au PCS.
c) Passerelle portative
Lorsque la distance à franchir entre deux portes latérales de secours est supérieure à 0,50 mètre, une passerelle portative doit être utilisée. Ses dimensions doivent être adaptées à la fois :
- à la distance horizontale entre les deux cabines ;
- à la largeur des portes latérales de secours.
Cette passerelle doit être entreposée en permanence au PCS.
d) Ascenseur isolé dans sa gaine
Tout ascenseur isolé dans une gaine doit être muni :
- d’une trappe de secours ;
- d’une échelle métallique permettant d’atteindre le toit de la cabine ;
- d’une seconde échelle entreposée dans le local machinerie ou au PCS pour rejoindre le toit de cabine depuis le niveau supérieur le plus proche.
L’échelle peut être placée dans la cabine, sur son toit ou le long de celle-ci.
e) Maintenance et continuité d’exploitation
Lorsqu’une cabine est en entretien, toutes les dispositions doivent être prises pour maintenir en fonctionnement les autres cabines situées dans la même cage.
| Situation | Dispositif attendu | Objectif |
|---|---|---|
| Cabine en panne | Retour à un niveau d’accès si possible | Éviter le maintien prolongé des occupants en gaine. |
| Deux cabines dans une même gaine | Portes latérales de secours et procédures de transfert | Permettre l’évacuation vers une cabine voisine. |
| Distance importante entre cabines | Passerelle portative stockée au PCS | Sécuriser le franchissement entre cabines. |
| Ascenseur isolé | Trappe et échelles de secours | Permettre l’accès au toit de cabine et l’évacuation. |
5. Ascenseurs prioritaires pompiers
En IGH, certains ascenseurs deviennent de véritables outils d’intervention. Ils doivent permettre aux sapeurs-pompiers d’accéder directement aux niveaux des compartiments non sinistrés dans des conditions maîtrisées.
Les pompiers doivent pouvoir accéder directement à chaque niveau de chaque compartiment non sinistré au moyen d’au moins deux ascenseurs à dispositif d’appel prioritaire pompier.
a) Cheminement pompier jusqu’aux ascenseurs
Le cheminement emprunté par les sapeurs-pompiers, depuis les voies définies à l’article GH 6 jusqu’aux accès aux ascenseurs, doit :
- présenter une largeur d’au moins deux unités de passage ;
- ne pas dépasser 50 mètres de longueur.
b) Ordre réglementaire des priorités de manœuvre
Le règlement fixe précisément l’ordre de priorité entre les différentes manœuvres des ascenseurs et monte-charges. Cet ordre doit être respecté pour éviter les conflits de commande :
- mise hors service ;
- manœuvre d’inspection ou de secours des cabines ;
- non-arrêt aux étages sinistrés ;
- appel prioritaire pompier ;
- commande accompagnée ;
- commande via contrôle d’accès ;
- manœuvre normale de l’appareil.
Le texte précise qu’en cas d’incendie au niveau d’accès des secours, le dispositif d’appel prioritaire pompier prime sur le fonctionnement du non-arrêt des cabines.
Point clé
Dans un IGH, l’ascenseur n’est pas seulement un moyen de transport vertical pour les occupants. Il devient aussi un outil tactique de progression des secours, sous un régime d’exploitation hiérarchisé et extrêmement encadré.
6. Fiche mémo SSIAP / exploitation
- les gaines d’ascenseurs doivent préserver un fonctionnement sûr pendant deux heures vis-à-vis d’un feu extérieur ;
- la température de surface intérieure de la gaine ne doit pas dépasser 70 °C au bout de deux heures ;
- les ascenseurs ordinaires possèdent une commande accompagnée ;
- les ascenseurs débouchent en principe sur des circulations horizontales communes ;
- le désenfumage de gaine est imposé au-delà de certains seuils de puissance ou en présence d’huile / vérins ;
- la protection des accès peut être obtenue par palier isolé, portes coupe-feu, bouclier thermique ou portes palières coupe-feu ;
- le non-arrêt dans le compartiment sinistré est un principe central ;
- les secours en cabine doivent être prévus à l’avance : portes latérales, trappes, échelles, passerelle, outils ;
- au moins deux ascenseurs prioritaires pompiers doivent desservir les compartiments non sinistrés ;
- l’ordre des priorités de manœuvre est réglementaire et ne doit jamais être inversé en exploitation.