Structures
Cette partie fixe le niveau minimal de tenue au feu de la structure d’un immeuble de grande hauteur et encadre plusieurs situations sensibles : les contiguïtés avec d’autres constructions, les communications avec des parcs de stationnement non intégrés, les passerelles de liaison, les parcs de stationnement intégrés et les locaux présentant des risques particuliers d’incendie. Dans un IGH, la structure ne se limite jamais à une logique de résistance “statique” : elle doit rester cohérente avec le compartimentage, l’intervention des secours et la mise en sécurité progressive des occupants.
1. Exigence de base : stabilité au feu de 2 heures
La stabilité au feu des éléments de structure de l’immeuble — poteaux, poutres, planchers et autres éléments porteurs — est de degré deux heures, soit R 120.
Cette exigence concerne l’ossature porteuse de l’IGH. Elle ne vise pas seulement à “retarder l’effondrement” : elle doit permettre au bâtiment de conserver pendant une durée importante sa capacité portante, alors même que l’incendie peut entraîner une évacuation par phases, la mise en œuvre d’installations de sécurité, l’engagement du service de sécurité interne et l’intervention des secours publics.
Dans un immeuble de grande hauteur, la stratégie de sécurité repose sur la compartimentation, la continuité de fonctionnement de certains équipements et une gestion de crise plus longue que dans des bâtiments courants. C’est pourquoi le texte impose une robustesse structurelle élevée et homogène à l’échelle du bâtiment.
En IGH, la logique n’est pas celle d’une évacuation instantanée de tout le bâtiment. La structure doit rester stable suffisamment longtemps pour permettre la mise à l’abri, l’action du SSI, la gestion des compartiments et l’intervention des secours dans des conditions compatibles avec la hauteur de l’immeuble.
2. Franchissements des parois en contiguïté avec d’autres constructions
Les dispositifs de franchissement des parois de l’immeuble en contiguïté avec d’autres constructions sont strictement limités. Le texte n’en admet que deux au plus par compartiment.
Côté IGH, ces franchissements doivent se situer dans les circulations horizontales communes. Côté bâtiment tiers non IGH, ils doivent déboucher dans les parties communes. Ils doivent en outre satisfaire aux dispositions de l’article GH 25, qui régit les dispositifs d’intercommunication.
Chaque franchissement entre volumes bâtis constitue un point sensible pour la propagation du feu, des fumées et des gaz chauds. Le règlement cherche donc à réduire leur nombre, à les localiser dans des espaces maîtrisés et à les soumettre à un traitement très renforcé.
3. Cas particulier du parc de stationnement non intégré
Le texte traite de façon très sévère la séparation entre un immeuble de grande hauteur et un parc de stationnement qui ne lui est pas intégré. Dans la limite du volume de protection de l’IGH, les parois séparatives avec ce parc doivent être coupe-feu de degré quatre heures ou REI 240.
Une seule communication avec un parc de stationnement indépendant peut être admise. Cette communication est très encadrée, car un parc de stationnement constitue une source potentielle de fumées, de chaleur et de risques spécifiques incompatibles avec une liaison banalisée vers l’IGH.
Conditions de la communication éventuelle
| Point réglementaire | Exigence | Lecture pratique |
|---|---|---|
| Nombre de communications | Une seule | Le texte exclut toute multiplication des liaisons entre le parc indépendant et l’IGH. |
| Débouché | Uniquement et directement dans le hall principal d’accès des piétons | La communication ne peut pas arriver dans une zone privative ou un dégagement quelconque. |
| Valeur d’évacuation | Non comptée comme dégagement d’évacuation | Elle ne peut pas servir à satisfaire les exigences de sortie réglementaire. |
| Dispositif d’intercommunication | EI 240 avec deux blocs-portes E 120 et EI 60-C | Le passage doit être fortement protégé, avec des portes performantes et fermantes. |
| Comportement en cas d’incendie | Surpression du dispositif | La surpression limite l’envahissement par les fumées. |
| Détection côté parc | Détecteur à proximité immédiate du sas | La détection commande la fermeture des portes et la mise en surpression. |
Si les portes sont maintenues ouvertes pour des raisons d’exploitation, elles doivent répondre aux dispositions applicables aux portes à fermeture automatique. Le dispositif d’intercommunication est placé sous la responsabilité du propriétaire de l’IGH ou de son mandataire.
Lecture terrain
Le règlement ne traite pas ce sas comme une simple liaison pratique entre deux bâtiments. Il s’agit d’un point de rupture potentielle du compartimentage, qui doit donc être conçu comme un dispositif de défense contre l’incendie à part entière.
4. Locaux voisins présentant un danger d’explosion
Lorsque des locaux voisins de l’immeuble présentent un danger d’explosion, le règlement impose une logique encore plus rigoureuse : les mesures d’isolement et les éléments de la structure de l’IGH voisins de ces locaux doivent être déterminés en conséquence.
Toute communication, directe ou indirecte, avec l’immeuble de grande hauteur est alors interdite.
Cette règle montre que le traitement du risque n’est pas figé : lorsque le contexte voisin est plus dangereux qu’une construction ordinaire, le niveau de protection doit être relevé pour éviter qu’un événement externe compromette la stabilité ou la sécurité de l’IGH.
5. Passerelles de liaison
La mise en place de passerelles entre un IGH et un bâtiment en vis-à-vis est admise, mais sous des conditions très strictes. Le texte ne les considère jamais comme un simple dispositif de confort ou comme une sortie supplémentaire utilisable librement en cas de sinistre.
Désenfumage de la passerelle
Chaque passerelle doit disposer d’au moins un exutoire permettant l’évacuation des fumées, tel que défini par l’article GH 29 § 3. Cette exigence ne s’applique pas lorsque la passerelle relie deux immeubles de grande hauteur.
Détection et fermeture automatique
En complément, le système de détection automatique d’incendie de l’IGH comprend un détecteur situé à proximité immédiate du dispositif d’intercommunication, côté passerelle. La sensibilisation de ce détecteur commande la fermeture des portes du dispositif d’intercommunication.
Point de vigilance
Une passerelle n’est pas un “bonus de sortie”. C’est une liaison d’exploitation sous très forte contrainte, qui ne doit ni favoriser la propagation des fumées, ni fragiliser l’isolement des compartiments, ni introduire une charge calorifique parasite entre deux volumes.
6. Parcs de stationnement intégrés à l’IGH
Lorsqu’un parc de stationnement fait partie intégrante de l’immeuble de grande hauteur, il ne relève pas seulement des règles générales IGH. Il doit aussi respecter les dispositions techniques applicables aux parcs couverts, sous réserve que ces dispositions ne soient ni contradictoires ni atténuantes, avec plusieurs aggravations propres au régime IGH.
Le parc intégré n’est pas un “bâtiment autonome” accolé à l’IGH. Il fait partie d’un ensemble à haut niveau de contrainte : détection, compartimentage, extinction automatique, circulations communes et organisation des secours doivent donc être traités au niveau d’exigence IGH.
Exigences majeures à retenir
Organisation générale
- le respect des mesures de sécurité incendie dans le parc relève du propriétaire de l’IGH ou de son mandataire ;
- les locaux techniques non liés à l’exploitation du parc ne peuvent pas communiquer avec l’intérieur du parc ;
- chaque compartiment du parc doit comporter une circulation horizontale commune.
Détection et désenfumage
- la détection automatique d’incendie est généralisée à tout le parc ;
- la sensibilisation d’un détecteur entraîne uniquement et sans temporisation le fonctionnement prévu pour le parc ;
- les commandes manuelles de désenfumage sont regroupées à l’intérieur du PCS.
Séparation avec le reste de l’immeuble
- planchers et parois verticales séparatives REI 120 ;
- parois entre CHC et zone de stationnement REI 120 ;
- accès depuis le parc vers la CHC par un dispositif d’intercommunication REI 120 muni de blocs-portes E 60-C ou équivalents.
Moyens de secours
- mise en place d’un système d’extinction automatique de type sprinkleur ;
- RIA et orifices de colonnes placés dans les circulations, près des accès, sans gêner le passage ;
- escaliers complémentaires protégés et, selon le cas, mis en surpression.
Escaliers complémentaires du parc
Lorsque des escaliers complémentaires sont installés pour répondre aux exigences du parc et qu’ils ne sont pas desservis par une circulation horizontale commune, ils doivent être protégés par une paroi coupe-feu de degré deux heures ou REI 120 et mis en surpression dans les conditions définies par l’instruction technique applicable.
Si ces escaliers débouchent dans le volume de protection de l’immeuble, leur porte de sortie doit être coupe-feu de degré une heure ou EI 60.
7. Locaux présentant des risques particuliers d’incendie
Le texte prévoit enfin que, dans les locaux de l’immeuble présentant des risques particuliers d’incendie, la commission de sécurité peut demander des degrés de résistance au feu plus élevés pour les éléments porteurs et les parois.
Cette faculté permet d’ajuster l’exigence à la nature réelle du risque : puissance installée, charge calorifique, activité technique, stockages, effets thermiques, fumées ou dangerosité spécifique.
Le niveau “standard” du règlement IGH ne constitue pas toujours un plafond. Lorsqu’un local concentre un risque plus élevé, la commission peut exiger un renforcement localisé des parois et des structures.
8. Fiche mémo
- la structure principale de l’IGH doit être R 120 ;
- les franchissements vers d’autres constructions sont limités à deux au plus par compartiment ;
- une communication avec un parc non intégré est exceptionnelle, très protégée et jamais comptée comme dégagement ;
- en présence d’un risque d’explosion dans les locaux voisins, toute communication avec l’IGH est interdite ;
- les passerelles sont admises sous conditions, mais ne constituent jamais une sortie réglementaire ;
- un parc de stationnement intégré est soumis à une logique renforcée de détection, compartimentage, sprinklage et secours ;
- les locaux à risques particuliers peuvent justifier des degrés de résistance au feu plus élevés que le minimum général.