Façades et couvertures
Les façades d’un immeuble de grande hauteur ne sont pas une simple enveloppe architecturale. Elles participent directement à la limitation de la propagation du feu entre compartiments, à la protection de la structure, à la maîtrise des effets thermiques par l’extérieur et à la sécurité des bâtiments voisins. Le règlement IGH impose donc une approche très encadrée de leur conception, de leur composition combustible et de leur justification technique.
1. Principe général applicable aux façades
Les façades doivent être conçues et réalisées de manière à limiter la propagation du feu d’un compartiment à l’autre, à la fois au droit des jonctions avec les structures et les parois séparatives, et par l’extérieur.
Le texte ne vise donc pas seulement le matériau visible en façade. Il impose de raisonner l’ensemble du système : raccordements avec les planchers, continuité des séparations entre compartiments, comportement des éléments porteurs, présence éventuelle d’ouvrants, traitement des angles et continuité de la protection vis-à-vis d’un feu intérieur qui viendrait attaquer l’enveloppe.
Les façades ou parties de façades ayant une fonction porteuse doivent être stables au feu de degré deux heures ou R 120. Cette exigence rappelle qu’en IGH, la façade peut participer à la stabilité globale et ne peut donc pas être traitée comme une peau indépendante dépourvue d’enjeu structurel.
En IGH, la façade doit être pensée comme un élément de compartimentage, de stabilité et de limitation de propagation. Elle ne se réduit jamais à un simple choix d’habillage ou de performance thermique.
2. Justification réglementaire et visa technique
La conformité des façades aux dispositions des articles GH 12 et GH 13 doit être attestée par un visa du Centre scientifique et technique du bâtiment, d’Efectis France ou de tout autre laboratoire reconnu compétent par la commission centrale de sécurité.
La façade d’un IGH est un sujet de démonstration réglementaire. Même une façade esthétiquement “classique” peut devenir non conforme si ses détails constructifs, ses masses combustibles ou ses interfaces avec les compartiments ne sont pas démontrés correctement.
3. Ouvrants de confort et façades courbes
Les parties de façades soumises à une exigence de résistance au feu ne doivent pas comporter d’ouvrants de confort susceptibles d’être ouverts en cas d’incendie. Cette règle vise à éviter qu’un ouvrant banal ne compromette la barrière thermique et pare-flammes exigée entre un feu extérieur et le compartiment protégé.
Pour les façades courbes, le règlement précise qu’il faut raisonner en considérant les plans tangents. En d’autres termes, les exigences ne disparaissent pas parce que la façade n’est pas plane : il faut reconstituer géométriquement les plans utiles pour appliquer correctement les règles.
Les dispositions applicables aux façades s’appliquent également aux couvertures formant avec la verticale un angle inférieur à 30°. Certaines couvertures inclinées sont donc traitées comme de véritables façades du point de vue du risque de propagation.
4. Exigences communes à toutes les façades : masse combustible mobilisable
Le texte fixe une exigence centrale : la masse combustible mobilisable (M) de la façade doit être inférieure ou égale à 130 MJ/m². L’ensemble des matériaux entrant dans la constitution de la façade doit être pris en compte pour ce calcul.
Le règlement ne s’intéresse pas uniquement à la réaction au feu isolée d’un parement. Il prend en compte la quantité globale d’énergie combustible que la façade est capable d’apporter à un incendie.
| Situation | Conséquence réglementaire | Lecture pratique |
|---|---|---|
| M ≤ 130 MJ/m² | La façade reste dans le cadre normal du règlement. | La composition combustible est considérée comme maîtrisée au regard du seuil réglementaire. |
| M > 130 MJ/m² | Dossier soumis à l’avis de la commission centrale de sécurité. | Le projet doit démontrer spécifiquement que la sécurité reste assurée malgré une façade plus combustible. |
| Innovation technique importante | Dossier également obligatoire, même sans dépassement manifeste. | La nouveauté technique impose un examen spécifique lorsqu’elle n’entre pas clairement dans les cadres connus. |
Classement des composants et équipements de façade
Les composants et équipements de façade doivent être classés M0 ou A2-s3, d0, avec certaines exceptions limitativement admises par le texte.
Principe général
- composants de façade majoritairement incombustibles ou très faiblement combustibles ;
- objectif : limiter l’apport énergétique de l’enveloppe en cas d’incendie ;
- approche globale et non limitée au seul parement visible.
Exceptions admises par le texte
- cadres de menuiseries en bois ;
- certaines menuiseries classées M2 ou C-s3, d0 ;
- remplissages verriers minéraux avec intercalaires classés C-s3, d0 ;
- peintures, imperméabilisations et stores extérieurs sous conditions de classement ;
- joints et garnitures de joints.
5. Façades vitrées
Pour les façades vitrées, le règlement admet deux grandes voies de justification. Il faut soit mettre en œuvre les dispositions constructives de l’instruction technique 249 avec application de la règle du C + D, soit justifier d’une performance de résistance au feu de la façade de degré pare-flammes une heure, feu extérieur vers intérieur, soit Eo i 60, avec utilisation du programme thermique normalisé.
| Mode de justification | Exigence | Lecture pratique |
|---|---|---|
| Voie IT 249 | Application de la règle C + D | On traite la propagation verticale et la protection entre niveaux par dispositions constructives normalisées. |
| Façade peu combustible | C + D = 1,20 m si M ≤ 80 MJ/m² | Une façade plus faiblement combustible permet une exigence dimensionnelle plus faible. |
| Façade plus combustible | C + D = 1,50 m si M ≤ 130 MJ/m² | Lorsque la façade est plus chargée en combustible, la protection géométrique doit être renforcée. |
| Voie alternative | Eo i 60 | On démontre directement une performance feu extérieur vers intérieur sur une heure. |
Dièdres rentrants : effet de tirage, rayonnement et vent latéral
Le règlement renforce aussi les exigences lorsque la géométrie de la façade favorise la propagation du feu, notamment dans les dièdres rentrants.
Les retraits ou avancées de moins de 1 mètre n’entrent pas dans l’application de la première règle relative au dièdre rentrant inférieur à 100°.
Une façade vitrée n’est pas analysée seulement “à plat”. Sa géométrie, ses angles, ses retours et ses effets de canalisation des flammes ou de rayonnement sont pris en compte.
6. Façades non vitrées
Pour les façades non vitrées, l’exigence minimale est un degré pare-flammes d’une heure, feu extérieur vers intérieur, soit Eo i 60, avec utilisation du programme thermique normalisé.
Cette exigence vise à éviter qu’un incendie développé à l’extérieur, ou sur une partie voisine de la façade, ne puisse réattaquer rapidement le compartiment protégé depuis l’enveloppe.
Ce qu’il faut comprendre
Même en l’absence de vitrage, une façade peut devenir une voie de propagation thermique ou de transmission des flammes. Le règlement impose donc une performance minimale explicite et non une simple présomption liée à la nature opaque du parement.
7. Couvertures
La couverture doit être classée B ROOF (t3) au sens de l’arrêté du 14 février 2003. En outre, l’utilisation de matériaux susceptibles de s’arracher enflammés en cas d’incendie est interdite.
Sur un IGH, couverture et façade doivent être pensées ensemble : comportement au feu de l’enveloppe, stabilité des parties porteuses, jonctions avec les compartiments, entretien futur et remplacement éventuel des composants ne peuvent pas être dissociés.
8. Fiche mémo
- les façades doivent limiter la propagation du feu par les jonctions et par l’extérieur ;
- les parties porteuses de façade doivent être R 120 ;
- la conformité des façades doit être couverte par un visa technique reconnu ;
- les parties soumises à résistance au feu ne doivent pas comporter d’ouvrants de confort ouvrables en incendie ;
- la masse combustible mobilisable de façade doit rester ≤ 130 MJ/m², sauf dossier spécifique ;
- les façades vitrées se justifient soit par l’IT 249 avec C + D, soit par une performance Eo i 60 ;
- les dièdres rentrants imposent des renforcements particuliers contre le tirage thermique, le rayonnement et la convection ;
- les façades non vitrées doivent être au minimum Eo i 60 ;
- la couverture doit être B ROOF (t3) et ne pas comporter d’éléments susceptibles de s’arracher enflammés.