Prévention 360
Guide IGH
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Chapitre 6 / 11 55%

Dégagements, escaliers et portes

Articles GH 23 à GH 29

Dégagements, escaliers, intercommunications et désenfumage

Cette section constitue l’un des noyaux du règlement IGH. Elle organise la circulation des occupants, la séparation des compartiments, la gestion des escaliers, les dispositifs d’intercommunication, le fonctionnement des contrôles d’accès en situation d’incendie ainsi que le désenfumage normal et de secours. En immeuble de grande hauteur, l’évacuation n’est pas improvisée : elle repose sur une architecture de cheminements protégés, de volumes maintenus isolés et de dispositifs qui doivent rester cohérents avec la logique de compartimentage.

1. Dispositions générales applicables aux dégagements

Degagements en IGH
Principe de base
Les dégagements doivent offrir des largeurs correspondant à au moins deux unités de passage, au sens du règlement ERP. Cette exigence traduit l’idée qu’en IGH, les circulations servant à la mise en sécurité ne doivent jamais être dimensionnées au plus juste.

Le texte renvoie en outre à plusieurs articles du règlement de sécurité des ERP relatifs aux dégagements, aux portes, aux escaliers et à leur fonctionnement. Cela signifie que la lecture des articles GH 23 à GH 29 doit toujours se faire en articulation avec les règles générales ERP qu’ils complètent ou aggravent.

Circulations horizontales communes

Les circulations horizontales communes sont encloisonnées par des parois verticales et horizontales coupe-feu de degré une heure ou REI 60. Elles ne doivent comporter aucun volume de rangement ouvrant dans la circulation. Les blocs-portes de ces parois sont pare-flammes de degré une demi-heure et équipés de ferme-portes ou classés E 30-C.

Les trappes de visite des plénums prévus par l’article GH 21 doivent restituer un coupe-feu de degré une heure ou EI 60 et être maintenues fermées.

Largeur minimale des dégagements
Au moins deux unités de passage.
CHC
Parois REI 60, sans rangement ouvrant dans la circulation.
Blocs-portes
Pare-flammes 30 minutes avec ferme-porte ou E 30-C.
Trappes de plénum
EI 60 et maintenues fermées.
Lecture pratique
La circulation horizontale commune est le couloir protégé de référence du compartiment. Elle doit rester libre, lisible, résistante au feu et compatible avec l’évacuation, l’intervention des secours et le fonctionnement du désenfumage.

Espace accueil admis par atténuation

Par atténuation, un espace accueil peut être admis dans chaque compartiment, à condition de respecter simultanément les exigences suivantes :

  • surface maximale de 15 m² ;
  • implantation en dehors de l’emprise de la circulation horizontale commune ;
  • vocation exclusive d’accueil ;
  • mobilier en matériaux de catégorie M1 ou classés B-s3, d0 ;
  • charge calorifique limitée à 50 MJ/m² ;
  • absence de rangement ;
  • au moins un point de détection au-dessus de la zone accueil, raccordé à la détection de la circulation.

Niveau d’accès des piétons et organisation des escaliers

Les escaliers desservant les étages d’une part, et les niveaux inférieurs d’autre part, s’arrêtent au niveau le plus élevé d’accès des piétons. À ce niveau, chaque escalier doit disposer d’une sortie directe sur l’extérieur, sauf si l’escalier débouche sur un hall s’ouvrant largement sur l’extérieur. Il ne doit exister aucune communication entre les volumes de ces escaliers.

À chaque niveau, les dispositifs d’accès aux escaliers doivent être reliés entre eux par une circulation horizontale commune.

Le texte prévoit que des dérogations peuvent être accordées par la commission de sécurité dans certains cas de rénovation ou d’aménagement d’immeubles existants.

Autres exigences générales

  • l’accès utilisable par les sapeurs-pompiers doit être signalé et balisé ;
  • l’effectif des locaux est déterminé selon les règles ERP applicables au type d’activité ;
  • pour certains locaux réservés au personnel et à leurs invités accompagnés, un effectif peut être déclaré par le chef d’établissement ;
  • le verrouillage des portes principales de l’immeuble dans le sens de l’entrée est admis sous conditions strictes.

Portes principales verrouillées : conditions à respecter

Le verrouillage des portes donnant directement sur l’extérieur, dites portes principales de l’immeuble, n’est autorisé que si les conditions suivantes sont réunies :

  • possibilité de sortir en actionnant la poignée de chaque porte équipée du verrouillage ;
  • déverrouillage de toutes les portes à partir du poste central de sécurité incendie ;
  • déverrouillage automatique de toutes les portes en cas de détection incendie dans un compartiment ;
  • déverrouillage manuel par le service de sécurité à l’aide de clés.

2. Escaliers

À tous les niveaux, chaque escalier réglementaire doit être accessible depuis tout local occupé. Les escaliers sont à volées droites, ce qui traduit une recherche de lisibilité, de robustesse d’usage et de facilité d’intervention.

Distances à respecter

La distance maximale, mesurée dans l’axe des circulations horizontales communes, depuis la porte d’un local situé en cul-de-sac jusqu’à l’embranchement de deux circulations menant chacune à un escalier, est de 10 mètres.

Les dispositifs d’accès aux escaliers doivent être distants de :

  • plus de 10 mètres ;
  • et moins de 30 mètres l’un de l’autre.

En cas de pluralité de cheminements, il suffit qu’au moins l’un d’eux soit inférieur à 30 mètres. Les parcours à l’air libre n’entrent pas dans ce calcul.

Point contrôlé Exigence Lecture pratique
Cul-de-sac vers choix de deux escaliers 10 m maximum Éviter un parcours trop long avant de disposer d’un vrai choix de fuite.
Distance entre dispositifs d’accès aux escaliers Plus de 10 m et moins de 30 m Éviter à la fois la trop grande proximité et l’éloignement excessif.
Escaliers faiblement sollicités 1 unité de passage possible par dérogation Uniquement pour des compartiments avec moins d’une personne pour 100 m².

Escaliers extérieurs

Les escaliers extérieurs au corps du bâtiment peuvent être admis par dérogation. Leurs parois peuvent ne pas être EI 120, à condition de protéger les usagers des flammes, des fumées et des intempéries. Si les conditions atmosphériques locales le permettent, ils peuvent être à l’air libre, à condition qu’un côté au minimum soit entièrement ouvert sur l’extérieur, avec une largeur au moins égale à deux fois celle de la volée, et situé à 2 mètres au moins des baies de l’immeuble.

À retenir

Dans un IGH, l’escalier n’est pas seulement un dégagement vertical. Il est l’un des piliers de la stratégie de compartimentage, de repli et d’intervention. Ses accès, ses distances et son isolement doivent donc être pensés avec la circulation commune et les dispositifs d’intercommunication.

3. Dispositifs d’intercommunication

Les communications entre compartiments, et entre compartiments et escaliers, sont assurées par des dispositifs coupe-feu de degré deux heures ou EI 120, munis de deux blocs-portes permettant le franchissement sans mise en communication directe des atmosphères.

Lorsqu’il relie deux compartiments, le dispositif d’intercommunication relie deux circulations horizontales communes.

Surpression en fonctionnement incendie

Lors du fonctionnement du désenfumage, les dispositifs d’intercommunication entre compartiments sont toujours en surpression.

Largeur et dimensions

Par dérogation, les portes des dispositifs peuvent ne comporter qu’une unité de passage, sauf pour les dispositifs de sortie des escaliers situés au niveau d’accès des piétons.

Les dispositifs d’intercommunication doivent avoir :

  • une surface minimale de 3 m² ;
  • une surface maximale de 8 m² ;
  • un cheminement entre les deux blocs-portes d’au moins 1,40 m ;
  • un cheminement dépourvu de tout obstacle.

Tout volet ou trappe d’accès à des gaines ou conduits y est interdit, à l’exception des colonnes sèches ou en charge, des volets des conduits de désenfumage et des canalisations électriques ou téléphoniques propres au dispositif.

Résistance au feu
EI 120 pour le dispositif.
Portes
Deux blocs-portes, avec exigences spécifiques selon le sens de communication.
Surface
Entre 3 m² et 8 m².
Cheminement intérieur
1,40 m minimum, sans obstacle.
Désenfumage
Dispositif maintenu en surpression lors du fonctionnement incendie.

Portes donnant accès à un escalier

Lorsque le dispositif donne accès à un escalier :

  • les portes s’ouvrent dans le sens de la sortie vers l’escalier ;
  • elles sont équipées d’un ferme-porte ;
  • elles portent la plaque : « Porte coupe-feu. A maintenir fermée ».

Portes entre deux compartiments d’un même niveau

Lorsque le dispositif fait communiquer deux compartiments situés à un même niveau, les portes sont :

  • soit maintenues fermées en position normale avec ferme-porte ;
  • soit à fermeture automatique admises à la marque NF et traitées comme DAS communs.

Elles s’ouvrent alors vers l’intérieur du dispositif et portent la signalétique réglementaire sur la face extérieure de chaque porte.

Baie coupe-feu admise par dérogation

Pour des impératifs d’exploitation, une intercommunication entre deux compartiments d’un même niveau peut être réalisée par une baie, mais seulement après avis de la commission de sécurité et sous des conditions très strictes :

  • dispositif à fermeture automatique EI 120 admis à la marque NF ;
  • si la fermeture n’est pas manœuvrable à la main, baie doublée par un dispositif de franchissement classique ;
  • les deux compartiments reliés doivent être protégés par sprinkleur ou extinction appropriée ;
  • plaque réglementaire : « Dispositif coupe-feu. Ne mettez pas d’obstacle à la fermeture ».

Cette dérogation n’est admissible qu’au niveau d’accès des piétons et aux deux niveaux immédiatement voisins, sauf dans les niveaux réservés aux parcs de stationnement où elle peut être admise à tous les niveaux.

4. Surveillance permanente de l’isolement des compartiments

Certains dispositifs concourent en permanence à l’isolement des compartiments :

  • blocs-portes des dispositifs d’intercommunication ;
  • portes d’ascenseurs et de monte-charge dont la seule porte palière assure l’isolement EI 120 ;
  • portes d’accès aux gaines techniques non recoupées.

Ces dispositifs sont considérés comme des dispositifs de sécurité non commandés dont la position normale de fonctionnement est identique à la position de sécurité.

Les défauts de position prolongés doivent être signalés, avec un affichage global par compartiment reporté au poste central de sécurité, distinct de l’affichage relatif à la seule fonction de compartimentage. Une temporisation de 60 secondes maximum peut être prévue pour éviter les signalements intempestifs.

En exploitation
Une porte laissée ouverte trop longtemps n’est pas un simple défaut d’usage : c’est une atteinte directe à l’isolement du compartiment. Le texte impose donc une surveillance active et reportée au PCS.

5. Gestion des dispositifs de contrôle d’accès en cas d’incendie

Le contrôle d’accès est admis dans l’immeuble, mais il doit rester totalement compatible avec l’évacuation, le désenfumage et l’intervention des secours. Le texte distingue les dispositifs :

  • au niveau d’accès des piétons, entre halls, paliers d’ascenseurs et escaliers ;
  • aux autres niveaux, entre paliers, escaliers et circulations horizontales communes ;
  • entre circulations communes et zones privatives.

Principe général de décondamnation

La décondamnation doit permettre :

  • l’évacuation des occupants du compartiment impliqué ;
  • la suppression des obstacles éventuels au désenfumage ;
  • l’intervention des secours à partir des compartiments non impliqués.

Sauf pour les accès vers les zones privatives, la libération des dispositifs de contrôle d’accès doit être automatique et généralisée à l’ensemble des niveaux équipés dès le déclenchement du processus d’alarme dans l’un quelconque des compartiments.

Une commande manuelle spécifique, située au poste central de sécurité incendie, doit permettre de doubler cette commande automatique.

Dispositions particulières au niveau d’entrée des piétons

  • la sortie des cages d’escalier doit respecter les exigences ERP applicables ;
  • le déverrouillage local des accès aux escaliers doit être possible par le service de sécurité ;
  • les dispositifs de contrôle d’accès entre halls et paliers d’ascenseurs doivent respecter les dispositions ERP correspondantes.

Dispositions particulières aux autres niveaux

Depuis les paliers d’ascenseurs :

  • portes coulissantes motorisées conformes aux exigences ERP ;
  • interphone avec le PCS sur chaque palier ;
  • commande manuelle locale côté zone contrôlée ;
  • dispositif d’ouverture côté palier par clé ou dispositif équivalent.

Depuis les cages d’escalier :

  • seul le verrouillage dans le sens de l’entrée dans le compartiment est autorisé ;
  • déverrouillage local possible par le service de sécurité ;
  • ouverture depuis l’intérieur du compartiment conforme aux exigences ERP de sortie libre.

Accès aux zones privatives :

  • le contrôle d’accès peut être réalisé par tout moyen ;
  • mais il doit toujours permettre l’évacuation ;
  • et l’accès des agents de sécurité ainsi que des secours publics ;
  • la télécommande depuis le PCS n’est pas exigée pour ces accès privatifs.

Point opérationnel

En exploitation, badges, digicodes, ventouses, sas de sûreté et portes motorisées ne doivent jamais être conçus comme des systèmes indépendants. En IGH, ils doivent être intégrés au scénario incendie et à la logique de mise en sécurité.

6. Désenfumage

Objet du désenfumage

Le désenfumage a pour objet d’extraire, en début d’incendie, une partie des fumées et des gaz de combustion afin de maintenir praticables les cheminements destinés à l’évacuation des occupants. Il contribue également à :

  • limiter la propagation de l’incendie ;
  • faciliter l’intervention des secours.

Documents à fournir

Les documents transmis au titre du dossier de sécurité doivent comprendre :

  • un plan indiquant les évacuations de fumée et amenées d’air ;
  • le tracé des réseaux aérauliques ;
  • l’emplacement des ventilateurs de désenfumage ;
  • l’emplacement des commandes des ouvrants de désenfumage de secours ;
  • une note explicative sur les caractéristiques techniques des équipements.

Désenfumage des circulations horizontales communes

Le désenfumage des circulations horizontales communes est réalisé conformément à l’instruction technique relative au désenfumage dans les immeubles de grande hauteur. Ces dispositions ne concernent pas les paliers protégés relevant de l’article GH 31 § 1 a.

Les matériels constituant cette installation doivent être conformes :

  • à l’instruction technique IGH sur le désenfumage ;
  • ainsi qu’aux exigences de l’article GH 49 relatives au SSI.

Désenfumage des locaux

Les locaux collectifs visés à l’article GH 71, lorsqu’ils dépassent 300 m², sont désenfumés conformément à l’instruction technique 246.

À retenir
En IGH, le désenfumage n’est pas seulement un moyen de confort visuel en cas d’incendie. C’est un outil majeur de maintien des cheminements, de préservation du compartimentage et d’aide à l’intervention.

7. Désenfumage de secours

Le désenfumage de secours a pour but de permettre l’évacuation des fumées et gaz chauds du compartiment sinistré lorsque le désenfumage mécanique normal ne fonctionne plus ou devient insuffisant.

Des ouvrants en façade doivent donc être prévus à chaque niveau dans les immeubles ne comportant pas déjà de châssis mobiles susceptibles d’assurer cette fonction.

Caractéristiques minimales des ouvrants de secours

  • au moins un ouvrant par fraction de 300 m² de surface de compartiment ;
  • surface unitaire minimale de 1 m² ;
  • au moins quatre ouvrants par compartiment ou niveau ;
  • répartition judicieuse sur plusieurs façades ;
  • commande d’ouverture facilement accessible aux services de secours.

L’ouverture des ouvrants peut s’effectuer par :

  • une ou deux poignées ;
  • un dispositif de commande manuelle admis à la marque NF ;
  • un carré femelle permettant l’usage de la clé spéciale des secours.

En cas de sinistre, l’ouverture des ouvrants est réalisée par les services publics de secours ou sur leur ordre.

Exutoires des cages d’escalier

Chaque cage d’escalier réglementaire doit comporter, en partie supérieure, un exutoire d’une surface libre de 1 m² ouvrant sur l’extérieur.

Son ouverture est exclusivement télécommandée par une action manuelle à partir du poste central de sécurité incendie. Cette commande est réservée aux sapeurs-pompiers. Un contrôle de position de l’exutoire doit être installé au poste de sécurité incendie.

Équipement Exigence But
Ouvrants de secours en façade 1 par 300 m², 1 m² minimum, 4 au moins par compartiment ou niveau Permettre une reprise en main par les secours si le désenfumage mécanique est défaillant.
Répartition Ouvrants non tous sur la même façade Éviter une efficacité insuffisante selon le vent ou la localisation du sinistre.
Exutoire de cage d’escalier 1 m² de surface libre en partie haute Permettre l’évacuation des fumées en toiture.
Point clé : le désenfumage mécanique constitue la règle de base, mais le désenfumage de secours reste indispensable pour garantir une solution de repli et permettre aux sapeurs-pompiers de reprendre la main si l’installation principale est indisponible.

8. Fiche mémo

  • les dégagements offrent au moins deux unités de passage ;
  • la circulation horizontale commune est le cheminement protégé de référence du compartiment ;
  • les CHC sont encloisonnées REI 60 avec blocs-portes E 30-C ;
  • chaque escalier est accessible depuis tout local occupé et les distances de cheminement sont strictement encadrées ;
  • les intercommunications entre compartiments ou avec escaliers sont EI 120 avec deux portes et un cheminement protégé ;
  • l’isolement permanent des compartiments impose une surveillance des portes et dispositifs associés ;
  • les systèmes de contrôle d’accès doivent se décondamner automatiquement en cas d’incendie ;
  • le désenfumage des CHC suit l’instruction technique IGH ;
  • le désenfumage de secours impose des ouvrants en façade et un exutoire en tête de chaque cage d’escalier ;
  • dans un IGH, dégagements, compartimentage, contrôle d’accès et désenfumage forment un système unique de mise en sécurité.