Éléments généraux de construction et aménagements intérieurs
Cette section traite des éléments de construction qui, sans relever directement de la structure principale, participent fortement à la sécurité incendie d’un IGH : charge calorifique incorporée dans l’ouvrage, cages, gaines et conduits, plafonds suspendus, plénums, revêtements de sols et de parois. Elle montre que, dans un immeuble de grande hauteur, la sécurité ne repose pas seulement sur les poteaux et les planchers, mais aussi sur le comportement au feu des détails constructifs et des aménagements intérieurs.
1. Limitation de la charge calorifique des éléments incorporés à la construction
La charge calorifique surfacique des matériaux incorporés dans la construction de l’immeuble doit rester inférieure, en moyenne et par compartiment, à 255 MJ/m² de surface hors œuvre nette.
Cette exigence ne vise pas les seuls revêtements apparents. Elle concerne l’ensemble des matériaux intégrés dans la construction, hors revêtements horizontaux et latéraux traités par les articles suivants. Le texte précise également que la masse combustible de la façade n’est pas prise en compte ici, car elle relève d’un régime spécifique.
Sont exclus du calcul les matériaux de catégorie M0 ou classés A1 ou A2 incorporés dans la construction. L’objectif est donc de mesurer la part effectivement combustible de l’ouvrage et de limiter l’énergie potentiellement dégagée par un incendie à l’intérieur d’un compartiment.
La maîtrise de la sécurité incendie commence dès la conception des complexes constructifs. Ce n’est pas un sujet de finition tardive : le maître d’œuvre doit être capable de démontrer, matériau par matériau, que le compartiment reste dans la limite réglementaire.
2. Principe général applicable aux cages, gaines et conduits
Les gaines d’ascenseur, de monte-charge et de monte-plats doivent être constituées de parois construites en matériaux classés A1 et coupe-feu de degré deux heures ou REI 120, sous réserve des règles particulières relatives aux portes, trappes et visites.
Par atténuation, les cages d’escalier peuvent être construites en matériaux classés A2-s1, d0 et EI 120, si les conditions de mise en œuvre ont reçu un avis favorable du CECMI garantissant la performance attendue.
En IGH, une gaine ou un conduit ne doit jamais devenir un chemin privilégié de propagation du feu, des fumées ou des gaz chauds entre niveaux ou entre compartiments.
Traversée de parois par les conduits
Lorsqu’un conduit traverse une paroi, il doit restituer les caractéristiques de résistance au feu de la paroi traversée. Cette exigence peut être satisfaite de trois manières :
- par le conduit lui-même, s’il possède une résistance au feu suffisante ;
- par l’établissement du conduit dans une gaine de résistance au feu requise ;
- par la mise en place, au droit de la traversée, d’un dispositif d’obturation automatique restituant une résistance équivalente.
Le texte vise notamment les clapets, volets ou autres dispositifs classés selon la norme NF EN 1366-3.
Implantation interdite dans certains volumes
D’une manière générale, les gaines techniques ou conduits ne peuvent se trouver ou s’ouvrir :
- dans les cages d’escalier et leurs dispositifs d’accès ;
- sur les paliers d’ascenseur lorsque ceux-ci sont protégés au titre de l’article GH 31.
Cette interdiction ne s’applique pas aux colonnes sèches ou en charge, ni aux canalisations des systèmes d’extinction automatique de type sprinkleur ou d’extinction appropriée aux risques existants.
3. Gaines verticales non recoupées
Certaines gaines verticales ne peuvent pas être recoupées au droit de chaque plancher en raison de leur destination. C’est notamment le cas des cages d’escalier, gaines d’ascenseur, gaines de monte-charge et de certaines gaines techniques verticales.
Portes, trappes et dispositifs de communication
Ces gaines ne doivent comporter que des dispositifs de communication, trappes ou portes de visite coupe-feu de degré deux heures ou EI 120, maintenus verrouillés, sauf dans les cas expressément prévus pour les communications vers les compartiments ou les escaliers.
Les dispositifs de communication entre escaliers et compartiments, ainsi qu’entre ascenseurs et compartiments, doivent respecter les prescriptions spécifiques des articles GH 25 ou GH 31 selon le cas.
Obtention du degré coupe-feu par addition
Pour les gaines techniques, le degré coupe-feu exigé peut être obtenu par l’addition du degré coupe-feu :
- de la trappe ou porte de visite ;
- et du bloc-porte du local d’accès à cette trappe ou porte.
Ce local d’accès ne doit comporter aucune matière combustible, à l’exception des blocs-portes, et ses parois doivent avoir un degré coupe-feu au moins égal à celui de sa porte d’accès.
Désenfumage et extinction automatique
Les gaines techniques verticales non recoupées, à l’exception des gaines d’ascenseur et de monte-charge, doivent être :
- désenfumées automatiquement ;
- protégées tous les cinq niveaux par une installation fixe d’extinction automatique de type sprinkleur, ou par une installation appropriée aux risques après avis de la commission de sécurité.
Cas aggravé : gaines de monte-courrier ou transport mécanisé
Les gaines de monte-courrier ou de transport mécanisé de documents ou d’autres objets font l’objet d’exigences supplémentaires :
- détecteurs automatiques d’incendie au moins tous les trois niveaux ;
- rapport d’essai d’un laboratoire agréé pour les dispositifs mobiles d’obturation ;
- chaque gaine est traitée comme une zone de mise en sécurité spécifique ;
- la détection d’un détecteur commande la fermeture de l’ensemble des dispositifs d’obturation de la gaine.
Interdiction expresse
4. Gaines verticales recoupées
Toutes les gaines techniques verticales recoupées doivent être coupe-feu de degré deux heures ou EI 120 et recoupées au droit de chaque plancher par des séparations de même degré, sans laisser aucun vide entre les conduits.
Portes et trappes de visite
Les trappes et portes de visite de ces gaines sont :
- EI 30 et maintenues verrouillées ;
- mais passent à EI 60 au-delà de certaines surfaces.
| Type de gaine | Surface maximale par niveau | Exigence de base | Au-delà |
|---|---|---|---|
| Gaines contenant des conduits aérauliques de chauffage ou ventilation | 0,80 m² | EI 30 verrouillé | EI 60 |
| Gaines contenant conduits d’eau, évacuation, câbles, canalisations ou tableaux électriques | 1,40 m² | EI 30 verrouillé | EI 60 |
Pourquoi ce détail est important
En pratique, la gaine n’est jamais plus sûre que ses points faibles. Les trappes, portes de visite, réservations et percements sont souvent les premiers lieux où apparaissent les non-conformités en exploitation ou après travaux.
5. Gaines d’allure horizontale
Pour les gaines d’allure horizontale, les portes et trappes de visite doivent avoir un degré coupe-feu égal à la moitié de celui de la gaine.
Cette règle rappelle qu’un réseau horizontal peut lui aussi devenir une voie de propagation dangereuse, notamment lorsqu’il relie plusieurs zones d’un même niveau ou traverse des secteurs sensibles.
6. Plafonds et plafonds suspendus
a) Revêtements de plafonds
Les revêtements de plafonds doivent être de catégorie M1 ou classés B-s3, d0. En aggravation, dans les dégagements communs, les halls et les cuisines collectives, ils doivent être de catégorie M0 ou classés A2-s2, d0.
La paroi support du revêtement doit toujours être de catégorie M0 ou classée A2-s3, d0.
b) Éléments constitutifs des plafonds suspendus
Les éléments constitutifs des plafonds suspendus doivent être classés B-s3, d0. En aggravation, dans les dégagements communs, les halls et les cuisines collectives, ils doivent être classés A2-s2, d0.
c) Stabilité au feu
Dans les dégagements communs et les halls, les plafonds suspendus doivent être stables au feu de degré un quart d’heure.
d) Règles relatives aux plénums
Tout plénum existant entre le plancher haut et le plafond suspendu doit être recoupé tous les 25 mètres par des éléments en matériaux M0 ou classés A2-s2, d0, et pare-flammes de degré une demi-heure ou E 30. Les cellules ainsi constituées ne doivent pas dépasser 300 m².
Si le plénum excède 0,20 m de hauteur, il doit être visible dans toutes les cellules. Il ne peut contenir que des matériaux de catégorie M2 ou classés C-s3, d1, à l’exception des canalisations électriques.
e) Autres précisions importantes
- les plafonds suspendus ne peuvent pas être pris en compte pour le calcul de la résistance au feu des planchers ;
- les suspentes et fixations doivent être en matériaux classés A2 ;
- leur mise en œuvre doit suivre la norme NF P 68-203.1 ;
- dans les dégagements, les plafonds suspendus doivent rester en place sous l’effet des variations de pression dues au désenfumage mécanique.
Un plafond suspendu n’est pas un simple habillage décoratif. En IGH, il doit résister au feu, ne pas s’effondrer sous l’effet du désenfumage et ne pas transformer le plénum en réservoir caché de fumées ou de combustibles.
7. Revêtements de sol et revêtements des parois latérales
a) Parois support
Toutes les parois support de revêtements visées par cet article doivent être réalisées en matériaux de catégorie M0 ou classés A2-s3, d0.
b) Revêtements de sol
Les revêtements de sol doivent être de catégorie M3 ou classés CFL-s1.
c) Revêtements des parois latérales
Les revêtements des parois latérales doivent être de catégorie M1 ou classés B-s3, d0.
En aggravation, dans les dégagements communs, les halls et les cuisines collectives, ils doivent être de catégorie M0 ou classés A2-s2, d0.
| Élément | Règle générale | Dans dégagements communs / halls / cuisines collectives |
|---|---|---|
| Paroi support | M0 ou A2-s3, d0 | idem |
| Revêtement de sol | M3 ou CFL-s1 | pas d’aggravation spécifique prévue ici |
| Revêtement des parois latérales | M1 ou B-s3, d0 | M0 ou A2-s2, d0 |
d) Exceptions admises
Le texte admet toutefois :
- des matériaux de catégorie M3 ou classés D pour les blocs-portes et les plinthes ;
- des matériaux de catégorie M1 ou classés A2FL pour les planchers techniques côté plénum.
Le classement de réaction au feu des papiers peints collés et des peintures appliquées sur les parois doit être justifié selon les conditions prévues à l’annexe III de l’arrêté du 21 novembre 2002 modifié.
Message à retenir
Dans un IGH, la finition n’est jamais purement décorative. Revêtement mural, plinthe, sol, plafond suspendu, plancher technique et support participent ensemble à la maîtrise de la charge calorifique, à la production de fumées et au comportement du compartiment en situation d’incendie.
8. Fiche mémo
- la charge calorifique des matériaux incorporés dans la construction doit rester ≤ 255 MJ/m² par compartiment ;
- la façade n’entre pas dans ce calcul, car elle fait l’objet d’un régime distinct ;
- les gaines d’ascenseur, monte-charge et monte-plats sont en principe A1 et REI 120 ;
- tout conduit traversant une paroi doit restituer la résistance au feu de la paroi traversée ;
- les gaines techniques ou conduits ne doivent pas s’ouvrir dans les cages d’escalier ni sur certains paliers protégés ;
- les gaines verticales non recoupées imposent trappes ou portes EI 120, désenfumage et parfois extinction automatique ;
- les vide-ordures sont interdits en IGH ;
- les gaines recoupées doivent être EI 120 avec portes/trappes classées selon leur surface ;
- les plafonds suspendus et leurs plénums sont strictement encadrés, notamment dans les halls et dégagements ;
- les revêtements de sols et de parois doivent respecter des classements feu précis, aggravés dans les zones de circulation commune.