Installations électriques et éclairage
Cette section est l’une des plus sensibles du règlement IGH. Elle organise la séparation entre source normale, source de remplacement et source de sécurité, encadre les locaux électriques, la distribution des circuits de sécurité, les groupes électrogènes, les tableaux, les reports d’information au PCS et l’éclairage minimal. En immeuble de grande hauteur, la continuité de l’alimentation des fonctions de sécurité n’est pas un confort d’exploitation : c’est une condition de survie du bâtiment en situation d’incendie.
1. Objectifs généraux de la section — article GH 40
Les installations électriques doivent empêcher l’éclosion et la propagation d’un incendie, maintenir le fonctionnement des installations de sécurité pendant le sinistre et permettre, lorsque cela est prévu, la poursuite de certaines activités dans les compartiments non atteints.
Le texte fixe trois objectifs indissociables :
- éviter que l’installation électrique ne devienne elle-même une cause d’incendie ;
- garantir l’alimentation des équipements de sécurité lors d’un sinistre ;
- permettre la continuité partielle d’exploitation dans les zones non menacées.
Les installations doivent être conformes aux textes applicables en matière électrique. En outre, l’immeuble ne doit pas être traversé par des canalisations électriques qui lui sont étrangères. Cette règle est importante : un IGH ne doit pas devenir le support de réseaux extérieurs à sa propre exploitation, car cela compliquerait l’analyse du risque et la maîtrise des coupures ou des défauts.
Tension et domaine d’emploi
En dehors des locaux de service électrique, la plus grande tension existant en régime normal entre deux conducteurs ou entre l’un d’eux et la terre ne doit pas dépasser le domaine de la basse tension. Le règlement prévoit néanmoins des exceptions ciblées, par exemple pour certaines applications spécifiques ou pour le passage de canalisations générales haute tension placées dans des cheminements techniques protégés sans connexion sur leur parcours.
2. Locaux de service électrique — article GH 41
Les locaux de service électrique regroupent les matériels électriques dont l’accès est réservé aux personnes qualifiées chargées de leur surveillance et de leur entretien. Le règlement en fait des espaces techniques fortement protégés, car ils concentrent une part essentielle des fonctions vitales du bâtiment.
2.1. Exigences générales
Ces locaux doivent être :
- faciles à atteindre par les services de secours ;
- ventilés sur l’extérieur, directement ou par conduit, ou climatisés ;
- dotés de moyens d’extinction adaptés au risque électrique ;
- équipés d’un éclairage adapté : éclairage minimal ou éclairage de sécurité avec BAES/BAPI selon le cas.
Logique de sécurité
Un local électrique n’est pas un simple placard technique. En IGH, il doit rester accessible, ventilé, protégé et exploitable, y compris lorsque l’immeuble est en situation dégradée.
2.2. Équipements devant être installés dans ces locaux
Sont notamment installés dans un local de service électrique :
- les groupes électrogènes ;
- les postes de livraison ;
- les postes de transformation ;
- les cellules haute tension ;
- les appareils électriques contenant des diélectriques liquides émettant des vapeurs inflammables ou toxiques ;
- les tableaux électriques de sécurité ;
- le tableau général normal-remplacement.
Ces locaux doivent avoir des parois et plancher haut coupe-feu 2 heures ou REI 120, avec des dispositifs de franchissement coupe-feu 1 heure ou EI 60. En outre, ils ne peuvent communiquer directement qu’avec des locaux techniques ou des dégagements non visés par l’article GH 23.
Le texte évite que les grands organes électriques du bâtiment soient en relation directe avec les circulations horizontales communes protégées. L’objectif est de ne pas fragiliser les dégagements par un risque électrique ou thermique.
2.3. Batteries et matériels associés
Les batteries d’accumulateurs, chargeurs et onduleurs doivent être installés dans un local de service électrique. Une atténuation existe lorsque le produit CU des batteries est inférieur ou égal à 1 000 et qu’elles sont enfermées dans une enveloppe accessible uniquement au personnel autorisé. Les ASI de faible puissance peuvent bénéficier du même régime allégé.
Le local batterie — ou l’enveloppe qui les contient — doit être ventilé dans les conditions prévues par la norme applicable. Si la ventilation est mécanique, elle doit être alimentée par une alimentation électrique de sécurité (AES).
Les batteries de démarrage des groupes électrogènes peuvent, elles, être installées dans le même local que le groupe. Les locaux contenant des appareils avec diélectriques liquides dégageant des vapeurs inflammables ou toxiques doivent être ventilés directement sur l’extérieur.
3. Transformateurs de puissance — article GH 42
Les transformateurs de puissance peuvent être secs ou contenir un diélectrique liquide. Lorsque le diélectrique est liquide, le local doit comporter un cuvelage de rétention étanche dimensionné pour le volume total du diélectrique.
Si ce diélectrique est inflammable, la quantité autorisée est très limitée : 25 litres au maximum par cuve, bac, réservoir ou groupe de récipients communicants.
4. Sources de remplacement et source de sécurité — article GH 43
L’article GH 43 est l’un des pivots de la doctrine électrique IGH. Il distingue :
- la source normale ;
- la source de remplacement, obligatoire ;
- la source de sécurité, propre à l’immeuble.
4.1. Source de remplacement
La source de remplacement permet de poursuivre tout ou partie de l’exploitation en cas de défaillance de la source normale. Le maître d’ouvrage définit les installations qu’elle réalimente, mais le texte impose un minimum : elle doit reprendre au moins l’éclairage de tous les dégagements et celui des locaux recevant plus de 50 personnes.
4.2. Source de sécurité
L’énergie nécessaire aux installations de sécurité doit être obtenue à partir d’au moins deux groupes électrogènes, chacun ayant individuellement une puissance nominale suffisante pour assurer le démarrage et le fonctionnement de tous les équipements de sécurité de l’immeuble.
Exigences minimales
- au moins deux groupes ;
- chaque groupe capable d’assurer seul la sécurité ;
- temps maximal de commutation : 10 secondes ;
- réserve de combustible : 36 heures.
Philosophie de conception
Un incident affectant un groupe ne doit pas compromettre les autres. Le règlement exige donc une vraie redondance, et pas une simple duplication apparente.
La source de sécurité peut aussi être utilisée comme source de remplacement, à condition que les installations non liées à la sécurité soient automatiquement délestées s’il ne subsiste qu’un seul groupe de sécurité.
4.3. Commutation et prévention des incidents
Les installations doivent être conçues pour éviter toute mise en parallèle dangereuse entre source normale, source de remplacement et source de sécurité. Les commandes automatiques des dispositifs de commutation doivent être doublées d’une commande locale manuelle, et l’implantation des organes de coupure doit éviter la propagation d’un court-circuit par ionisation de l’air.
À retenir
Le règlement ne cherche pas seulement à prévoir “un secours électrique”. Il impose une architecture électrique de crise, capable d’absorber une défaillance majeure sans perte des fonctions essentielles de sécurité.
5. Groupes électrogènes : implantation, combustible et essais — article GH 43 § 2
5.1. Implantation
Les locaux des groupes électrogènes ne doivent pas se trouver à un niveau supérieur au niveau accessible aux engins des pompiers, sauf cas particulier des locaux en terrasse avec groupes alimentés au gaz. Les groupes gaz utilisés comme source de remplacement font en outre l’objet d’un examen par la commission centrale de sécurité.
5.2. Ventilation
Les locaux renfermant les groupes doivent être largement ventilés sur l’extérieur, directement ou par conduit. Si cette ventilation est mécanique ou si un conditionnement d’air est prévu, l’installation correspondante doit être alimentée par une AES.
5.3. Combustible liquide
Lorsque le combustible est liquide, le règlement encadre précisément l’aménagement du local et l’alimentation :
- sol imperméable formant cuvette étanche ;
- seuil des baies surélevé d’au moins 0,10 m ;
- mesures empêchant l’écoulement accidentel vers les orifices du sol ;
- canalisations fixes, étanches et rigides ;
- dispositif de coupure rapide de l’alimentation en combustible à l’extérieur du local ;
- dispositif de jaugeage à distance ;
- dépôt de sable de 100 litres minimum, pelle et extincteurs adaptés au voisinage de la porte.
En sous-sol, des dispositions complémentaires s’appliquent, notamment un conduit spécifique permettant la mise en œuvre du matériel de ventilation des pompiers.
5.4. Gaz de combustion et entretien
Les gaz de combustion sont évacués directement sur l’extérieur par des conduits réalisés en matériaux A1, étanches et placés dans une gaine coupe-feu 2 heures ou EI 120.
Les groupes font l’objet d’une maintenance régulière et d’essais périodiques :
| Périodicité | Vérifications / essais |
|---|---|
| Tous les 15 jours | niveaux d’huile, d’eau et de combustible, réchauffage moteur, état de la source de démarrage. |
| Tous les mois | essai de démarrage automatique avec charge minimale de 50 %, incluant les installations de sécurité, pendant 30 minutes. |
| Tous les ans | présence d’un représentant de l’organisme agréé chargé des vérifications électriques lors d’un essai mensuel, avec contrôle du carnet d’entretien. |
Toutes ces opérations doivent être consignées dans un registre d’entretien tenu à la disposition de la commission de sécurité.
6. Alimentation électrique de sécurité (AES) — article GH 43 § 3
Les installations de sécurité doivent pouvoir être alimentées par une AES à partir de deux tableaux de sécurité distincts et indépendants. Chaque tableau doit pouvoir être alimenté à la fois par la source normale-remplacement et par la source de sécurité, via des dispositifs de commutation automatique.
La sécurité ne doit pas dépendre d’un seul tableau, d’un seul local ou d’un seul cheminement. Le texte impose une redondance physique et fonctionnelle.
Chaque tableau de sécurité est installé dans un local de service électrique. L’un des deux tableaux doit être placé dans un local réservé à son seul usage. L’autre peut être installé dans le même local que le tableau général normal-remplacement, à condition d’en être séparé pour éviter la propagation d’un arc électrique.
Le texte prévoit aussi que la source de sécurité peut réalimenter des circuits à haute tension, sous réserve de conditions renforcées : pluralité de transformateurs, locaux distincts, double alimentation HT et cheminement technique protégé réservé à cet usage.
7. Circuits d’alimentation des installations de sécurité — article GH 44
Chaque installation de sécurité visée par le règlement, sauf exceptions spécifiquement prévues, doit être alimentée par deux canalisations issues chacune d’un tableau de sécurité distinct.
7.1. Double alimentation et parcours distincts
Ces canalisations doivent être sélectivement protégées, suivre des parcours distincts et aboutir, au plus près de l’équipement, sur un dispositif commutant automatiquement l’alimentation sur la canalisation restée sous tension si l’autre devient défaillante.
7.2. Nature des canalisations
Les installations ne comportent que des canalisations fixes. Les câbles alimentant les installations de sécurité répondent à un classement de réaction au feu déterminé par le texte et sont exclusivement installés dans des cheminements techniques protégés avec parois coupe-feu 2 heures ou EI 120, sauf lorsqu’ils sont situés dans le même compartiment que l’équipement alimenté.
7.3. Sélectivité et indépendance des circuits
Chaque circuit doit être protégé de telle sorte qu’un incident local — surintensité, rupture, défaut à la terre — n’interrompe pas l’alimentation des autres circuits de sécurité alimentés par la même source.
7.4. Cas particulier du désenfumage
Les canalisations alimentant les ventilateurs de désenfumage ne doivent pas comporter de protection contre les surcharges, mais seulement contre les courts-circuits. Elles sont donc dimensionnées pour supporter les surcharges les plus fortes, estimées à 1,5 fois le courant nominal des moteurs.
L’alimentation des installations de sécurité se fait selon les schémas autorisés par le texte, avec surveillance permanente de l’isolement lorsque l’équipement concerné ne fonctionne qu’en cas de sinistre, comme c’est le cas des ventilateurs de désenfumage.
8. Canalisations normales-remplacement et tableaux électriques — articles GH 45 et GH 46
Les canalisations des installations normales et de remplacement doivent elles aussi être fixes et conformes aux dispositions techniques visées par le règlement. Elles peuvent être réalisées :
- soit en canalisations préfabriquées ;
- soit en conducteurs ou câbles du classement requis, placés dans un cheminement technique protégé ou dans le même compartiment que les équipements alimentés.
Les conduits et profilés utilisés pour les chemins de câbles, goulottes et éléments analogues doivent être du type non-propagateur de la flamme.
Tableaux électriques
Les tableaux de sécurité et le tableau général normal-remplacement sont installés dans les conditions renforcées des locaux de service électrique. Les autres tableaux peuvent être installés :
- dans un local de service électrique ;
- dans une gaine technique ;
- dans d’autres locaux ou dégagements, hors circulations horizontales communes, à condition d’être enfermés dans une armoire ou un coffret métallique.
Lecture pratique
Le règlement hiérarchise les tableaux selon leur criticité. Plus un tableau concourt directement à la sécurité ou à la continuité d’alimentation stratégique, plus son isolement et sa protection doivent être élevés.
9. Signalisations reportées au PCS — article GH 47
En complément des signalisations prévues sur l’unité de signalisation du SSI, certaines informations doivent être reportées au poste central de sécurité incendie :
- les défauts d’isolement des installations réalisées selon l’article GH 44 ;
- l’insuffisance de la réserve de combustible des groupes électrogènes ;
- la synthèse de la position ouverte des dispositifs de protection placés dans les tableaux de sécurité, hors circuits terminaux d’éclairage et de télécommunication.
En IGH, l’exploitation de crise repose sur une vision centralisée de l’état du bâtiment. Le PCS doit pouvoir identifier rapidement un défaut électrique critique ou une indisponibilité de la source de sécurité.
10. Éclairage et éclairage minimal — article GH 48
10.1. Généralités
Le texte distingue l’éclairage, nécessaire à l’activité normale, de l’éclairage minimal, qui constitue la partie de l’éclairage maintenue en service lors de la défaillance de la source normale-remplacement.
Les appareils assurant l’éclairage des dégagements doivent être fixes ou suspendus et reliés aux éléments stables de la construction. Les parties externes des luminaires doivent satisfaire à l’essai au fil incandescent, avec une exigence plus sévère pour les escaliers et les circulations horizontales communes que pour les locaux ordinaires.
Des lampes mobiles d’appoint peuvent être admises dans les locaux et les halls, mais seulement sous conditions : câbles du classement requis, longueur réduite et absence de gêne pour la circulation.
10.2. Où l’éclairage minimal est-il obligatoire ?
L’éclairage minimal est obligatoire dans :
- les circulations horizontales communes ;
- les paliers ;
- les escaliers ;
- les dispositifs d’accès aux escaliers.
Il doit permettre :
- une circulation facile ;
- la visibilité de la signalisation d’orientation vers les escaliers ;
- la bonne exécution des manœuvres intéressant la sécurité.
10.3. Architecture électrique de l’éclairage minimal
L’éclairage minimal de chaque dégagement horizontal commun et de chaque escalier est assuré par au moins deux circuits terminaux, chacun issu d’un circuit principal distinct.
Chaque circuit principal est sélectivement protégé et suit un parcours distinct depuis chaque tableau de sécurité. En amont de sa pénétration dans le compartiment, chaque circuit terminal comporte un dispositif sélectif de protection contre les surintensités, mais il ne doit pas y avoir d’autre dispositif de protection à l’intérieur du compartiment.
L’éclairage minimal fonctionne en permanence pendant la période d’occupation et ses commandes ne sont accessibles qu’au personnel de sécurité. Les lampes utilisées doivent avoir un temps d’allumage n’excédant pas 15 secondes.
10.4. Complément par blocs autonomes
L’éclairage minimal est complété par des blocs autonomes d’éclairage de secours présentant les garanties de bon fonctionnement exigées. Le texte prévoit notamment :
- des blocs autonomes d’éclairage d’évacuation dans les sas et les escaliers ;
- des blocs dans les circulations privatives ;
- des blocs d’ambiance dans les locaux recevant plus de 50 personnes lorsque la densité d’occupation est supérieure à une personne pour 10 m².
À retenir
En IGH, l’éclairage de sécurité ne sert pas uniquement à “voir pour sortir”. Il soutient la mise en sécurité par phases, l’orientation vers les escaliers, le travail du service de sécurité et le maintien d’une exploitation partielle dans les compartiments non sinistrés.
11. Synthèse opérationnelle des articles GH 40 à GH 48
| Article | Thème | Point clé |
|---|---|---|
| GH 40 | Objectifs généraux | Prévenir l’incendie d’origine électrique et garantir l’alimentation des fonctions de sécurité. |
| GH 41 | Locaux de service électrique | Locaux protégés, ventilés, accessibles aux secours et adaptés aux matériels stratégiques. |
| GH 42 | Transformateurs | Encadrement des diélectriques liquides, cuvelage de rétention, ventilation sécurisée. |
| GH 43 | Sources de remplacement et de sécurité | Redondance forte, groupes électrogènes multiples, 36 h de réserve, AES et commutations sécurisées. |
| GH 44 | Circuits de sécurité | Deux alimentations distinctes, chemins séparés, sélectivité, règles spécifiques pour le désenfumage. |
| GH 45 | Canalisations normales-remplacement | Canalisations fixes, cheminements protégés, matériaux non propagateurs de la flamme. |
| GH 46 | Tableaux | Les tableaux critiques sont isolés ; les autres restent encadrés par leur implantation et leur enveloppe. |
| GH 47 | Signalisations | Reports essentiels au PCS pour piloter l’immeuble en mode dégradé. |
| GH 48 | Éclairage | Éclairage minimal redondant, permanent en période d’occupation, complété par blocs autonomes. |